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Entretien avec Henri (2005)

Entretien réalisé en septembre 2005

Olivier : Henri peux-tu te présenter en quelques mots ?

Henri Kaufman: Je suis " un scientifique qui a mal tourné ".
Ingénieur (Centrale, Pétroles) et docteur en maths appliquées à l'économie !
Je suis entré aux Éditions Rombaldi le…2 mai 1968 comme Contrôleur de Gestion, puis Directeur de l'informatique.
J'ai pris la direction générale de la vente par Correspondance des Éditions en 1973.
Rombaldi vendait surtout à ce moment-là des livres de littératures et des beaux livres. Mes premiers essais dans la
bande dessinée ont commencé avec Bécassine, rapidement arrêtés car j'avais reçu des menaces de mort de la part des
organisations bretonnes !
Puis l'Histoire de France en bande dessinée parue chez Larousse.

Je suis tombé tout petit dans la Bande Dessinée : je lisais les albums OK à 7 ans et les pages dessinées de
France Soir (Arabelle la petite sirène, de Jean Ache, Chéri Bibi, etc… ) ;
je collectionnais les Tintin hebdomadaires et j'avais fait relier à l'ancienne tous ces Tintin à l'âge de 14 ans.

J'ai quitté Rombaldi en 1987 pour fonder une agence de publicité, de marketing relationnel plus précisément
que je dirige encore aujourd'hui.
Au moment de mon départ de Rombaldi, j'étais sur le point de lancer " Tout Reiser ".
Tout était prêt, les contrats étaient signés, les originaux et les inédits extraits du coffre de Michèle Reiser,
les préfaces étaient écrites par Delfeil de Thon,les reliures étaient conçues… et Michèle n'a pas voulu donner
le feu vert à mes successeurs de chez Hachette qui avaient racheté Rombaldi.

J'avais également en préparation " Tout Hugo Pratt ", mis au point avec Casterman et Hugo lui-même, dans
son hôtel face à Notre Dame où il descendait toujours quand il passait à Paris.

Olivier: Quel poste occupais-tu aux éditions Rombaldi ?

Henri: J'étais Directeur Général. Je dirigeais la moitié de la société (l'autre moitié vendait des livres par courtage).
Mon rôle consistait à concevoir et choisir les collections de livres ou de fiches, disques, etc.
Ensuite à négocier les contrats, à concevoir le matériel supplémentaire (inédits, iconographie), éditer et fabriquer
les livres, à recruter les clients, à les " fidéliser ".

J'étais également responsable du traitement informatique et de la gestion client.
Mes collaborateurs de l'époque (informaticiens, éditeurs, marketers,… ) ont pour la plupart très bien réussi.

Rombaldi était passé sous le contrôle de la Redoute vers 1974.

Olivier: Que représente pour toi l’aventure Rombaldi ?

Henri: Une aventure extraordinaire ! 19 ans de travail, d'imagination, de création, de plaisir, de projets hardis,
de création d'équipe,de rencontres avec les plus grands auteurs et éditeurs.

C'est vraiment aux Editions Rombaldi que je me suis rendu compte que je prenais plus de plaisir à faire de l'édition,
de la communication, et de la publicité que de manipuler des chiffres !

À la fin, j'intervenais beaucoup dans la rédaction des messages publicitaires, des préfaces des livres, etc.
J'ai résumé toute cette période dans un livre paru en 1990 aux Editions Vent d'Ouest : Confidences en Direct.. (ISBN 2 86 967 176 8)

Une de mes émotions les plus fortes a été de découvrir le coffret des petits albums Tintin en noir et blanc parus avant la guerre
que j'avais réédités dans la collection complète des œuvres d'Hergé, vendu à la librairie du musée d'Art Moderne de New York.

J'ai eu également le grand plaisir d'éditer le dernier album d'Hergé Tintin et l'Alphart avant sa sortie en librairie.

Olivier: As-tu rencontré des réticences de la part de certains auteurs pour publier leurs œuvres ?

Henri: Tout était une question de persuasion et d'opiniâtreté.
En fait, les auteurs et leurs éditeurs sentaient que j'étais plus un vrai amateur de BD qu'un financier et ils m'avaient adopté.
J'ai même investi un restaurant " À la Casserole " rue des Saints Pères à Paris, dans l'immeuble du cabaret le Don Camillo,
où j'invitais tous les mois des auteurs (Bob de Moor, Pichard par exemple) et des clients qui étaient bien sûr ravis de
rencontrer leurs dessinateurs favoris.

Certains éditeurs étaient exigeants (Georges Dargaud par exemple) et d'autres plus coopératifs (Les Dupuis ou Casterman, ou encore Glénat).

Olivier: Comment décidais-tu des « bonus rédactionnels» à rajouter dans les intégrales ?

Henri: J'avais une équipe éditoriale. Dans le cas de Buck Danny, j'ai fait appel à un ami - Jean Philippe Chivot, pilote d'avion
lui-même, spécialiste de voltige qui possédait plusieurs avions, dont une forteresse volante !

Ce travail de bonus était passionnant car en faisant les poubelles des auteurs nous trouvions de véritables trésors.
Bien sûr, les préfaces inédites étaient présentées aux auteurs pour accord.

Olivier:  De même, vous fallait-il des autorisations ou étiez-vous libre des cadeaux envoyés aux abonnées (Puzzle Astérix, médaille Alix….)

Henri: Les cadeaux étaient proposés aux auteurs et éditeurs avant lancement. Ceux-ci étaient d'accord le plus souvent.

Merci Henri